
Ersteinoise de naissance, Roselyne l'est restée jusqu'à ses 5 ans. Ensuite, pour suivre un père puis un mari, elle a bourlingué aux quatre coins de la France. Sacrée expérience.
La dentelle intéresse essentiellement des dames
Et
Roselyne a fait son grand retour dans la maison familiale pour la
retraite, à Erstein. Cette voyageuse infatigable n'est cependant pas
restée longtemps les bras croisés. Son premier objectif :
« J'ai voulu rencontrer du monde ». Ce besoin de contact la
menant, doucement, vers le partage de sa grande passion. Quelques
années auparavant, du côté de Clermont-Ferrand, Roselyne a en effet
découvert un art : la dentelle aux fuseaux. C'était presque par
hasard : « Je cherchais une activité... et là je pouvais y
aller à pieds ! » Et voilà comment une « bonne »
curiosité a fait jaillir une nouvelle passion. Qui, de surcroît, ne
cesse de grandir depuis plus de 10 ans.
C'est que, arrivée
dans la cité sucrière en 2003, la dentellière ne cesse depuis de
« denteler ». Sous couvert de l'association EXPRIM, qui
rassemble en son sein de nombreux artistes régionaux, elle a formé un
groupe de près de 20 élèves de 30 à 70 ans, toutes plus passionnées les
unes que les autres.
En effet, cet art de la dentelle
intéresse essentiellement des dames. Elle se réunissent tous les jeudis
après-midi, à la salle Hanfroeste, près du terrain de football à
Erstein. Au soir de ces rencontres amicale mais denses, Roselyne rentre
harassée : « Je n'ai même plus le courage de sortir aux
« Jeudis » d'Erstein, qui m'intéresseraient pourtant
beaucoup ». Toute l'après-midi, elle vaque d'un ouvrage à l'autre,
corrige, conseille, encourage. « J'ai mis au point un cours
cohérent pour les débutantes (90% des nouvelles inscrites) pour
qu'elles puissent acquérir la maîtrise des gestes et des points ».
Et au bout de 5 semaines, chacune est capable de réaliser un petit
napperon. « Ensuite, elles font ce qu'elles ont envie ».
Cet art ancien
semblait plutôt austère
Du
coup, malgré l'intensité du travail, l'artiste est enchantée, ravie.
« Les élèves viennent quand elles en ont envie et restent le temps
qu'elles veulent. Il y a une ambiance du tonnerre ! L'autre jour,
l'une des participantes est venue avec nappe, serviettes, gâteau et
café pour fêter son anniversaire. La semaine, suivante, une autre en a
fait de même : c'était son anniversaire, la veille ! »
Roselyne
aime rire, échanger, communiquer. Au cours, « tout le monde
rigole ». Certaines de ses élèves, qui ont participé à d'autres
enseignements, n'en reviennent pas. Cet art ancien semblait plutôt
austère. Chez Roselyne, il n'en est rien : « Moi, je ne
rigole pas toujours, mais du moment que l'ambiance y est, je suis très
contente de mes jeudis après-midi ! »
Mais qu'est-ce
donc au juste l'art de la dentelle aux fuseaux ? Cela se pratique
sur un « carreau » ; celui de Roselyne a été fabriqué
par son mari : un grand coussin sur lequel est fixé le carton
(modèle) à l'aide de nombreuses aiguilles. Les fils de lin
(essentiellement) embobinés sur de très nombreux fuseaux sont
« tressés » entre eux pour donner naissance, au bout de
nombreuses heures de travail minutieux, à un napperon, une bordure ou,
encore plus élaboré, une fleur, un papillon ou tout autre motif à
inventer. « Le motif se dessine au fur et à mesure ». Et, à
chaque fois, la dentellière comme l'élève sont surprises et enchantées
du résultat.
Les élèves apprennent
à travailler avec leurs mains
De
projets en projets, Roselyne ne cesse de développer cette
« activité de loisirs » au cours de laquelle même les élèves
qui se trouvaient malhabiles et gauches apprennent à « travailler
avec leurs mains ». L'artiste, ayant participé à un «
couvige » (une rencontre de dentellières) l'année dernière à
Haguenau, organisera un tel événement l'année prochaine, au mois de
juin, dans la région. Mais cette journée, au cours de laquelle
« les dentellières sont là pour denteler du matin au soir »,
sera réservée uniquement aux passionnées de cet art. « Il y en a
beaucoup en Alsace », ajoute Roselyne, enthousiaste.
Toujours
sous l'égide d'EXPRIM, cette experte des fuseaux participe avec ses
élèves, en tenue d'époque, aux Sentiers de Noël d'Osthouse, à
l'exposition annuelle que l'association organise tous les ans à la
salle de gymnastique à Erstein (les 18 et 19 novembre cette année). Le
press-book de l'artiste est impressionnant de photos d'expositions,
d'ouvrages finement réalisés, de participations à de nombreuses
manifestations locales. Roselyne aime ce qu'elle fait, un art pratiqué
avec beaucoup de patience. « Non », rectifie-t-elle.
« Avec beaucoup de passion ! » Et avec la passion, il
n'y a pas de limites...