
Bref retour en 1985. C'est là que tout a commencé. Gérard Bédex raconte. « J'ai toujours eu envie de peindre, je crois. Mais un jour que je travaillais dans le Nord, du côté de Roubaix, je suis entré dans un magasin spécialisé dans les invendus et il y avait une boîte de peinture à l'huile pour 100 F. J'ai craqué et j'ai franchi le pas. Deux jours plus tard, j'allais voir des amis pour apprendre les bases. Et ils ont commencé par me faire acheter des pinceaux... Ça a coûté beaucoup plus cher ! »
C'est un mélange de cobalt,
de bleu marine
et de blanc
Mains
croisées, ton enflammé. Depuis son fauteuil, le directeur du centre
hospitalier spécialisé se met à commenter son parcours artistique en
regardant la toile qui trône au-dessus de son bureau. Son oeuvre. La
vue d'un rivage grec, en trois dominantes de couleurs : le blanc,
l'ocre... Et le « bleu Bédex ». « C'est un mélange de
cobalt, de bleu marine et de blanc, confie le directeur. J'y suis très
attaché ».
La toile fait partie des travaux témoignant
des envies qui ont mené Gérard Bédex sur la voie de l'huile et du
pinceau. « Avant, je faisais de la photo. Je crois que je suis
venu à la peinture parce qu'on ne pouvait pas faire tout ce qu'on
voulait avec l'argentique, à l'époque. J'avais envie d'éliminer les
éléments parasites ».
L'artiste, ainsi, travaille encore
régulièrement à partir de photos qu'il essaye de restituer,
d'améliorer, de personnaliser. En poursuivant son chemin vers le
perfectionnement de sa technique. « Quand j'ai commencé à peindre,
il y a une vingtaine d'années, j'ai intégré un club avec des gens de
l'hôpital où je travaillais. Puis un ami artiste, Pete Teraa, a vu ce
que je faisais et m'a donné des cours. Et quand je suis arrivé à
Erstein, en 1999, je me suis inscrit à l'université populaire. Il y
avait des cours de peinture, évidemment ».
Il y a trouvé le moyen
de partager des choses
avec ses pensionnaires
Plus
insolite, le directeur du centre hospitalier est un passionné, qui aime
le mélange des genres. Mener de front vie professionnelle et pratique
personnelle. L'art, il en défend l'usage quotidien, surtout dans la
psychiatrie. D'un côté pour le travail, parce que « c'est une
vraie technique pour amener les patients à travailler sur eux-mêmes.
Nous avons des spécialistes qui animent des ateliers. Ceux-ci
permettent notamment de mesurer comment les gens se
resocialisent ».
De l'autre, parce qu'il y a trouvé le
moyen de partager des choses avec ses pensionnaires. Allant, par le
passé, jusqu'à organiser des expositions au coeur du monde hospitalier,
mêlant ses travaux à ceux des patients. Dialogue par l'art à la clé.
« Je me souviens d'une grande émotion, raconte Gérard Bédex, le
jour où un patient, qui était artiste, m'a offert une de ses toiles
alors que j'avais depuis longtemps l'intention de lui en acheter et
qu'il avait toujours refusé. Il avait utilisé le « bleu
Bédex » pour la travailler ». C'est à coups de pinceaux, sans
doute, que le directeur rêve de mettre de la couleur dans le monde
hospitalier...