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Erstein / « Erstein s'expose » à l'Etappenstall

Couleurs nature


Bernard Pierré fabrique ses propres pigments pour peindre ses aquarelles. (Photo DNA)

Tout au long du mois de janvier, l'Etappenstall invitera à découvrir les artistes du territoire. Bernard Pierré, aquarelliste habitant à Schaeffersheim, est de ceux-là. Portrait d'un artiste original, qui fabrique lui-même les couleurs dont il se sert pour ses tableaux célébrant la nature.

 Difficile de définir Bernard Pierré. En lui cohabitent deux tendances, souvent considérées comme irréconciliables dans le monde moderne, mais qui, chez lui, se nourrissent l'une de l'autre.
 D'un côté, doué pour les matières scientifiques, il s'est orienté vers de longues études mathématiques pour devenir ingénieur dans le domaine informatique. De l'autre, il s'intéresse depuis toujours aux arts graphiques : au lycée déjà, avec un copain, il dessinait des bandes dessinées pour le petit journal qu'ils avaient créé.

« Ma mère teignait
des oeufs avec des
pelures d'oignon »

 Le dessin, sous toutes ses formes, c'est « ce qui permet à la partie créative et intuitive de mon cerveau de s'exprimer. C'est le point d'ancrage qui maintient l'équilibre avec l'autre partie, le côté scientifique », explique Bernard. Et si l'art lui donne un équilibre dans la vie, il n'hésite pas à lui appliquer des méthodes scientifiques. Il explore, tente, fait des expériences : calligraphie, collages, travail à la plume avec de la peinture, à l'encre avec un pinceau, peinture avec du brou de noix, huile, aquarelle. Il essaye tout. Et c'est finalement l'aquarelle qui le séduit le plus parce que « c'est spontané, c'est la transcription immédiate d'un paysage, d'une émotion », précise l'artiste.
 Reste que cette longue recherche artistique n'est elle-même qu'une étape dans le parcours de Bernard Pierré. Lors de sa première exposition, il remarque que « le public s'arrête et tilte toujours devant les trois mêmes tableaux ». Or, expérimentation toujours, il a réalisé ces trois pièces avec des couleurs naturelles. « Cela correspondait à un souvenir d'enfance, se rappelle Bernard. A Pâques, ma mère teignait des oeufs avec des pelures d'oignon ou du brou de noix. J'ai voulu appliquer cette technique à l'aquarelle ».
 Bernard Pierré réalise alors que la palette de couleurs offertes par la nature est en fait beaucoup plus douce, plus subtile. « Il y a 10 à 20 molécules tinctoriales par plante : un jaune naturel contient toujours d'autres teintes, contrairement au jaune primaire acheté chez le marchand. L'harmonie que cela crée dans le tableau interpelle celui qui le regarde ». Bernard Pierré se lance donc dans la recherche d'une nouvelle palette de couleurs naturelles.
 Les premières expériences sont très décevantes. Les belles couleurs de la nature jus de cassis, jus de framboises, jus de cuisson de betteraves ou de roses- ne donnent pas les belles couleurs imaginées, seulement « des bruns brunasses ». Et quand il arrive à créer une couleur satisfaisante, elle s'altère à la lumière ou à l'air pour ne donner qu'un gris triste. Bernard Pierré ne désarme pas et se met à rechercher dans l'abondante littérature sur la technique de teinture des tissus les plantes qui pourront lui être utiles. Il y retrouve le nom de la garance dont la racine donnera un superbe rouge, de la gaude, plante fréquente dans le midi, dont la partie aérienne donne du jaune et enfin du pastel dont les feuilles après différents traitements donnent le bleu- des plantes qui poussent maintenant dans son jardin. Et surtout, il apprend au cours de ses recherches que les couleurs se travaillent  : de nombreuses manipulations sont nécessaires pour obtenir des couleurs satisfaisantes et stables.

« La garance, en phase de
précipitation, ça ressemble
à du coulis de fraise »

 Le défi est maintenant de taille : appliquer ces recettes de teintures à l'aquarelle. Bernard Pierré reprend alors ses expériences : décoction, décantation, fermentation, filtrage, séchage. Un peu partout dans la maison, aujourd'hui, on voit des casseroles qui bouillonnent, des petits pots en train de sécher. « Il faut que je me méfie », ajoute Agnès, son épouse, avec un clin d'oeil : « La garance, en phase de précipitation, ça ressemble à du coulis de fraise ». Bernard sourit  : « Mes plus belles découvertes se font toujours par hasard, comme ce magnifique bleu-violet que j'ai fabriqué à partir d'un géranium un peu particulier ou ce jaune que j'ai travaillé après une taille sévère de ma haie de berbéris mangée par les chenilles ».
 Le travail de Bernard Pierré est cohérent : amoureux et respectueux de la nature, il utile des couleurs naturelles pour la peindre. Cela donne une grande unité et une force toute en subtilité à ses aquarelles. « C'est presque un tableau biodégradable, ajoute-t-il avec un grand sourire, c'est un art semi éphémère dont les couleurs évolueront avec le temps, un tableau qui vit sa vie et qui n'a pas la prétention de rester figé toute l'éternité ».

C.A.

Du 5 au 29 janvier. « Erstein s'expose » à l'Etappenstall par les artistes du territoire d'Erstein. Artistes exposant du 5 au 16 janvier : Francis Despres, Dawn Willer, Emmanuelle Hebting, Milène Lang, Emile Krieger, Carine Hartmann, Pierre Bernard, Guy Gresser, Ernest Kircher, Geneviève Munch, Jean-Marc Schaefer, Lucienne Zwiebel, Elyane Delpech, Claude Laemmer. Artistes exposant du 18 au 29 janvier : Christiane Burg, Pascal Mathis, MC Breysach-Hugget, M.-Rose Kuntzmann, Roselyne Coupelon, Gérard Bédex.

© Dernières Nouvelles D'alsace, Jeudi 04 Janvier 2007. - Tous droits de reproduction réservés